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 Le sacrifice de l'amour. / Padre Pio

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MessageSujet: Le sacrifice de l'amour. / Padre Pio   Le sacrifice de l'amour. / Padre Pio Icon_minitimeDim Juin 26 2011, 21:13


Par le Cardinal José Saraiva Martins, Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints


Padre Pio



le sacrifice de l'amour.


Une multitude de fidèles


Un écrivain célèbre affirme: «S’il existait un Oscar de la sympathie pour les saints, aujourd’hui, c’est sans aucun doute à Padre Pio qu’il serait décerné. Rarement a-t-on vu un religieux aussi aimé et célébré. Sa célébrité et sa cote de popularité sont au sommet, et pas seulement parmi les chrétiens»1.
Observation fascinante du point de vue journalistique, mais imparfaite du point de vue théologique. En effet, lorsqu’il est question de saint, ce n’est pas tant le consensus des hommes qui compte, mais la reconnaissance de Dieu, et dans ce sens, il ne peut y avoir de hiérarchie ou de classement. Toutes les tentatives visant à établir des hit parade ont frisé le ridicule. Chaque jour, lorsque l’Eglise vit le sommet de sa foi eucharistique dans le canon de la Messe, en citant les saints, on prononce ces paroles: «avec […] les saints de tous les temps qui ont vécu dans ton amitié» (Prière eucharistique III).
Les saints sont donc, en tant que tels, appréciés par Dieu avant d’être appréciés par les hommes. Toutefois, nous ne pouvons ignorer le fait que la dévotion pour Padre Pio a pris des proportions immenses parmi des millions de personnes qui le suivent, de multiples façons, des personnes simples mais aussi des personnes issues du monde de la culture et du pouvoir, des professionnels, des intellectuels, des journalistes, des diplomates, des médecins, des hommes d’Eglise, des personnes qui sont encore à la recherche d’un Dieu. Une véritable «clientèle mondiale», comme le souligna Paul VI (Audience du 20 février 1971).
On a dit à juste titre que Padre Pio était le «saint du peuple», soulignant, peut-être sans le savoir, le charisme spécifique de l’Ordre des Capucins que Gioberti appelait déjà: «les frères du peuple»2.
De nombreuses personnes se posent des questions sur ce «phénomène» lié à Padre Pio, et les explications les plus diverses sont avancées. D’ailleurs, cela est compréhensible. Déjà, le Frère Masseo, jeune disciple du Poverello d’Assise, demandait: «François, pourquoi le monde entier te suit-il? Tu n’es point un homme d’un bel aspect, tu n’es point d’une grande science, tu n’es point noble…».
Le but de cette réflexion n’est pas de répondre à ces questions, mais de rechercher le noyau du message de notre «Humble frère capucin», comme l’a dit le Pape dans son homélie de béatification place Saint-Pierre «qui a étonné le monde par sa vie»3; et en souligner l’urgence et l’actualité. Il faut sans aucun doute donner raison à ceux qui expliquent l’«appel» qu’une foule de personnes ressentent envers Padre Pio comme une réponse à la «soif de transcendance», au besoin de surnaturel qui accompagne et tenaille l’homme, encore au début du troisième millénaire, à travers la particularité d’une phénoménologie mystique.



Un autel sur le monde



«Combien de fois — vient de me dire Jésus — m’aurais-tu abandonné, mon fils, si je ne t’avais pas crucifié…» (P. Pio, La Croce sempre pronta, Città Nuova, 2002, p. 3).
Essayer de comprendre Padre Pio n’est d’ailleurs pas facile, en dépit de la simplicité de sa personne, car il faut aller bien au-delà des apparences. Le bienheureux lui-même disait: «Que vous dire de moi? Je suis un mystère pour moi-même»4.
S’il est vrai que chaque homme naît avec une mission que la Providence lui confie, qu’il doit accomplir au cours de son existence terrestre, quelle fut la mission caractéristique du bienheureux stigmatisé du Gargano?
Au cours de la visite ad limina, en avril 1947, S.Exc. Mgr Andrea Cesarano, Evêque de Manfredonia, répondait au Pape Pie XII, qui lui avait demandé: «Que fait Padre Pio?» «Votre Sainteté, il enlève les péchés du monde.»5
Une réponse claire et juste; en particulier à la lumière de tout le contexte de la vie et de la spiritualité de Francesco Forgione, qui s’offrit toujours comme victime d’amour sur l’autel, où il vivait la Passion du Christ, et dans le confessionnal, où il vivait la compassion (précisément dans son sens étymologique de «souffrir avec») pour le pécheur. Il devenait un avec le Christ dans l’immolation eucharistique, et un avec le Christ et le pénitent dans le confessionnal pour réconcilier les âmes avec Dieu.
Padre Pio a été un grand apôtre du confessionnal, il en a exercé le ministère pendant cinquante-huit ans, jour et nuit, des heures et des heures durant, données à ceux qui s’adressaient à lui: hommes et femmes, malades et bien-portants, riches et pauvres, ecclésiastiques et laïcs, venant de lieux proches ou lointains. Dans sa cause de canonisation, il s’agit certainement de son plus grand titre de gloire, la preuve de sa sainteté et l’exemple le plus lumineux qu’il a laissé aux prêtres du monde entier, de ce siècle et des siècles à venir. (ibid.)
Parfois sur un ton de confidence il disait à ses confrères «Les âmes ne sont pas données, elles s’achètent. Vous ignorez ce qu’elles coûtèrent à Jésus? Eh bien, c’est toujours avec la même monnaie qu’il faut les payer.» (ibid.)
L’homme qui connaît la souffrance



En évoquant son entrée dans l’Ordre des Capucins en novembre 1922, il écrivait:
«O Dieu, […] tu avais depuis le début confié une très grande mission à ton fils. Une mission que toi et moi seuls connaissons. O Dieu, […]
j’entends au plus profond de moi une voix qui me dit avec insistance: sanctifie-toi et sanctifie» (Epist. III, 1010). Se sanctifier non seulement au sens moral, mais également au sens de s’offrir en sacrifice. «Sacrifie-toi» pour la sanctification et le salut des âmes.
Il avait donc conscience d’avoir été choisi par Dieu comme collaborateur à l’œuvre rédemptrice du Christ, à travers l’amour et la croix.
Crucifié avec le Christ, ce n’était plus lui qui vivait, mais le Christ qui vivait en lui, comme l’Apôtre Paul (Ga 2,19). Padre Pio choisit la. Croix, convaincu que toute sa vie, comme celle du Maître, serait un «martyre». Au mois de juin 1913, il écrivait au Père Benedetto, son directeur spirituel: «Le Seigneur me fait voir comme dans un miroir, toute ma vie future qui n’est rien d’autre qu’un martyre» (Epist. I, 368).
Toutefois, il faut se rappeler que cette vision si claire de son avenir incertain et tourmenté ne le préoccupait pas, ni ne le décourageait. Au contraire, au plus profond de son âme, il se réjouissait vivement d’avoir été appelé à coopérer au salut des âmes, à travers la souffrance qui tire sa valeur et son efficacité de la participation réelle à la Croix de Jésus (cf. Epist. I, 303).
C’est pourquoi Padre Pio acceptait volontiers et joyeusement toutes les souffrances du corps et de l’âme que lui offrait le Seigneur, et, dans son cœur, il percevait avec toujours plus d’insistance la voix de Dieu, qui l’appelait au sacrifice et à l’immolation pour ses frères (cf. Epist. I, 328s).
La majorité des personnes ne connaît probablement pas beaucoup cet aspect, car on en parle peu. On met l’accent sur d’autres aspects de la vie de Padre Pio, plus faciles à comprendre et à accepter. Mais si l’on ôte de la vie de Padre Pio et de sa spiritualité la réalité de la croix, on vide sa sainteté de sa substance. La croix non pas comme un épisode, mais comme un choix de vie, car toute sa vie a été vécue à l’ombre de la croix pour la gloire de Dieu, la sanctification personnelle et pour le salut des frères. Il fut tout entier et toujours à l’école du Maître, le Christ, qui accepta librement et avec amour la volonté du Père: «Tu n’as voulu ni sacrifice, ni oblation; mais tu m’as façonné un corps. […] Alors j’ai dit: voilà, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté» (He 10,5).
Les deux biographies les plus significatives de Padre Pio6, celle de Padre Fernando da Riese Pie X et celle d’Alessandro da Ripabottoni, ont respectivement comme sous-titre Crucifié sans croix et Le Cyrénéen de tous, deux précisions qui ont pour but de mettre en évidence l’aspect le plus essentiel de sa spiritualité. En effet, de 1910 à 1968, Padre Pio vécut comme un crucifié, et porta sa croix et celle de l’humanité souffrante qui s’adressait à lui, en suivant l’exemple du Christ.
En mars 1948, le Père écrit a une carmélite déchaussée: «Un jour lorsqu’il nous sera donné de voir la lumière du zénith, alors nous saurons quelle valeur, quels trésors ont été les souffrances terrestres qui nous auront fait gagner la patrie qui n’aura plus de fin. D’âmes généreuses et amoureuses, Dieu attend l’héroïsme et la fidélité pour arriver, après l’ascension au Calvaire, au Mont Thabor.»
Ces paroles renferment de façon synthétique l’orientation d’un programme de spiritualité centré sur le mystère de la Passion et de la mort de Jésus, et il les a apprises et enseignées «à l’école de la douleur»7, «du sacrifice»8 et «de la croix, dans laquelle nos âmes ne peuvent que se sanctifier»9, comme il le répète dans ses lettres.
De cette chaire, Padre Pio eut la possibilité de manifester ses dons incomparables d’authentique maître de l’esprit et il réussit à former «des âmes généreuses et amoureuses de Dieu», nourries par la sagesse de la croix; A travers l’exemple, et la parole, il engageait les âmes confiées à ses soins à suivre les enseignements de cette «école».
Cet aspect si caractéristique et particulier, suivant la pensée de Melchiorre da Pobladura10, peut être synthétisé autour de trois points: la spiritualité de la Croix; les contenus de la Croix; la méthodologie qu’il utilisait pour former et suivre les âmes qui se confiaient à lui.
La spiritualité de la Croix



La doctrine de la souffrance purificatrice et la théologie de la douleur salvifique constituent le thème de fond de l’enseignement du bienheureux Padre Pio en direction des âmes. Nous nous trouvons face à une partie essentielle de son programme de direction spirituelle mais qui caractérise également son engagement personnel dans sa marche vers la sainteté. Il s’agit d’un programme vécu qui puise ses racines dans l’Evangile et se reflète dans la vie et dans la doctrine du Christ.
Les stigmates extérieurs de Padre Pio impressionnent l’observateur superficiel. Toutefois le phénomène n’est pas tant important du point de vue clinique qu’en vertu de ce qu’il manifeste, c’est-à-dire sa transfiguration totale au Christ crucifié et ressuscité. Les plaies visibles visualisent ce que saint Grégoire de Nysse appelait les «plaies spirituelles». Ce sont des blessures qui suscitent un amour poignant qui assimile à la personne aimée. Padre Pio a eu une expérience exaltante, bien que dramatique, de ces plaies spirituelles11.
La Croix, quel que soit le nom sous lequel elle est désignée et l’aspect douloureux sous lequel elle se manifeste, occupe une place centrale dans la vie du chrétien et le stigmatisé du Gargano l’a compris vécu et proposé. II n’a pas proposé un programme scientifiquement élaboré, mais il avait des idées très claires sur le dessein salvifique de Dieu qui s’articulait autour de la croix du Christ Rédempteur. Il avait pénétré et sondé en profondeur les richesses du mystère de la Croix, «folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, puissance de Dieu» (1Co 1,18).
Il lui suffisait de contempler la Croix, le style de vie d e Jésus, Verbe incarné et crucifié, et donc de rendre vivant et opérant son message de salut. La Passion et la Mort de Jésus sont pour lui un fait historique et essentiel. Le devoir du chrétien, engagé sérieusement dans sa sanctification, est d’accepter ce message, d’imiter ce style de vie, de rencontrer dans sa vie le Christ crucifié, avec simplicité et sans grands discours. (A suivre)
José Card. SARAIVA MARTINS, Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints. ORLF n°25 18 juin 2002.

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