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 [ÉGLISE] L’Esprit-Saint regrette-t-il son choix ?

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Stan
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Date d'inscription : 30/08/2010
Localisation : Québec, Canada

MessageSujet: [ÉGLISE] L’Esprit-Saint regrette-t-il son choix ?   Sam Fév 14 2015, 14:15

Citation :

[ÉGLISE] L’Esprit-Saint regrette-t-il son choix ?



« Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après la bataille »,
a pu dire le Pape François.
D’un hôpital de campagne, l’Église risque-t-elle de devenir un champ de bataille ?


Interrogé lors d’une récente émission de France 2, le cardinal Raymond Burke a critiqué à demi-mots le pontificat du Pape François : « Je ne voudrais pas qu’il devienne mon ennemi ». Parlant de « malaise », il prête au pontife des intentions de modifier la doctrine, d’accorder la communion aux divorcés-remariés, d’accepter l’union homosexuelle, et affirme qu’il « résistera » pour défendre les fondements de la foi chrétienne : « Je ne peux rien faire d’autre ». Ces paroles font penser à celles de Martin Luther, devant la Diète de Worms en 1521, sommé de revenir dans le giron de l’Église, et persistant dans sa révolte : « ma conscience est captive de la Parole de Dieu… je ne puis faire autrement ». J’ai la vérité, ma perception, ma conscience ne peuvent se tromper. Moi seul puis juger le pape. Nous reviendrons sur cette posture, très moderne, qui se maquille de fidélité absolue à la tradition inchangée.



Le cardinal se place donc en opposition frontale au Pape François. Sur fond de malaise de certains catholiques, cette prise de position coïncide avec une « Supplique » envoyée au Saint-Père, en vue du Synode sur la famille d’octobre 2015. Sous un apparent respect, elle prête également au Pape l’intention de « dissocier la pratique pastorale de l’enseignement légué par Jésus-Christ et vos prédécesseurs ».

Arrêtons-nous sur cette pétition. De qui vient-elle ? Est-elle légitime ?

Une consultation des inspirateurs donne ce résultat : parmi les signataires, d’innombrables têtes couronnées sans trônes qu’on ne connaissait pas (tel le roi du Rwanda « en exil »), des officiers en retraite péruviens (sans doute experts en théologie à leurs heures perdues), et un ancien sénateur américain, Rick Santorum. Ce dernier fut un partisan acharné de l’invasion de l’Irak, et souhaitait un tapis de bombes pour l’Iran. Pire encore, Santorum fut longtemps financé par Erik Prince, un buveur de sang, un ange de la mort, architecte de la mainmise par la société marchande sur la guerre : le fondateur de l’entreprise de mercenaires Blackwater.

Fort logiquement, on découvre que cette Supplique est soutenue par le groupe Tradition-Famille-Propriété, une sorte de franc-maçonnerie conservatrice venue du Brésil, farouchement capitaliste, et d’un moralisme qui confine au ridicule. Leurs chefs se félicitent que les sommets environnementaux, encouragés par le Vatican, ne débouchent sur rien, et se désolent que l’Église ne prêche plus sur l’immoralité de la sodomie. Ils estiment enfin que les États-Unis doivent conserver leur hégémonie mondiale. Des gens au-dessus de tout soupçon de partialité et de motivations idéologiques, donc [1].

Par souci d’équilibre, il convient de blâmer les activistes de l’autre bord, qui politisent également les choses sacrées, comme le Comité de la Jupe, qui, rappelons-le, faute de pétition, a lancé une « grève de la communion ». Mais, on en conviendra, les partisans de ces Dames patronnesses ne lisent pas le R&N, et dépeuplent progressivement les paroisses.

Maintenant, cette pétition est-elle légitime ? Après tout, elle ne fait que formuler une méfiance et un malaise largement perceptibles au sein des catholiques. Soyons honnêtes : des catholiques français, urbains, naviguant plutôt dans certains cercles. Hors de France, le doute assaille sensiblement moins les fidèles de l’Église, quoique ces controverses rencontrent un certain écho aux États-Unis et en Italie. Cette méfiance accuse le Pape François de réduire en miettes l’héritage légué par Benoît XVI, et d’être vexant, voire insultant, pour les catholiques. Surtout les « bons serviteurs », défenseurs infatigables de l’Église et de son enseignement, qui se croient tout d’un coup relégués à l’image peu flatteuse de « lapins » [2]. Beaucoup ruminent dans leur coin le sentiment que, au fond, les cardinaux se sont « trompés » lors du conclave de 2013. L’Esprit-Saint regretterait-il donc son choix ?

En fait, les cathos de droite français confondent le magistère, l’ensemble des enseignements des papes, et les discours médiatiques. Ainsi ils grimpaient de joie aux rideaux quand le Pape Francois parlait du Diable et citait Bloy au début du pontificat. Maintenant qu’il parle des homosexuels qu’il ne faut pas juger, ils grimpent toujours, mais de rage…

La méfiance des cathos de droite à l’égard de François est injuste. Elle joue le jeu des médias, qui travaillent à coller une étiquette de « progressiste » à l’évêque de Rome. Un pape tellement progressiste qu’il a soutenu le récent référendum en Slovaquie, visant à alourdir les dispositions anti-mariage gay de la Constitution [3]. Un Pape tellement hétérodoxe qu’il a confirmé à la congrégation des évêques le cardinal Marc Ouellet, ancien primat de l’Église du Canada, vertement critiqué au Québec pour son opposition à l’avortement, au mariage gay et à l’euthanasie [4]. Un Pape tellement révolutionnaire qu’il a précisé, après les premiers travaux du Synode sur la famille, à l’automne 2014, qu’il n’avait jamais été question de changer la doctrine sur le mariage, notamment sur la question des unions de même sexe [5].



Le Pape ne changera rien de ce qui vient de la Parole de Dieu. En revanche, non, il n’est pas Benoît XVI. C’est un pasteur, un prêtre de paroisse, un Sud-américain concret et pragmatique, étranger aux querelles nées de Vatican II. Le Pape François a un grand désir d’évangéliser, de se jeter dans l’arène du monde, et d’y porter un message inchangé, mais qui prend en compte les mutations qui s’y déroulent. L’Église est, selon une formule ancienne, semper reformanda, toujours à réformer.

La ligne de crête est étroite, entre fusionner avec le monde, et s’adapter aux changements de données. Il faut être prudent et vigilant. Mais c’est faire un faux procès au Pape François que de suggérer qu’il brade la doctrine de l’Église. Au contraire, son appel à l’évangélisation, sa critique radicale des structures de péché économiques, ses exhortations à la piété incarnée, et non mondaine, s’inscrivent radicalement en opposition à la marche du monde. Il n’y a rien de plus chrétien, de plus essentiel.

C’est le péché du petit milieu catho français de droite que d’être à ce point obsédé par des querelles incessantes, les mêmes depuis des décennies : la condamnation de Maurras, la forme extraordinaire du rite, pour quel parti politique voter… Il devrait y avoir au contraire davantage de discussions sur l’essentiel : qui est le Christ pour moi ? Comment prier ? Comment vivre sa foi dans le monde ? Comment l’annoncer ? Comment évangéliser ? Le reste est un luxe superflu.

Tous ceux qui ont fait de l’évangélisation de rue confirmeront que le style déroutant du Pape François est d’une aide précieuse pour susciter le dialogue avec des gens hors de l’Église. Sans enlever une once aux mérites et à la sainteté de Benoît XVI, force est de constater que le Pape François suscite davantage de sympathie dans la foule des agnostiques, athées, non-pratiquants. On peut le déplorer, critiquer la médiatisation de la société, c’est un fait. Plutôt que de s’en plaindre, il faut en tirer parti, pour annoncer l’Évangile.

Revenons à Martin Luther. Pour les catholiques qui signent la Supplique, et qui se méfient du Pape François, le protestantisme, c’est le diable. Des jeunes cathos de droite français préfèrent pactiser avec des néo-païens, qui vomissent le christianisme, plutôt que d’entrer en contact avec des évangéliques, « parpaillots hérétiques ». Pourtant, ils le sont, à leur niveau, protestants. Munis de leur libre-examen subjectif, ils se font juges de l’Église. Parfois, ils dressent des réquisitoires judicieux. Leur incompréhension des péchés et de l’incohérence de certains prêtres et évêques est légitime. Mais leur souffrance ne devrait pas déboucher sur la révolte.

Dans La vocation spirituelle de la France, Bernanos distinguait ainsi François d’Assise de Martin Luther, dans un passage intitulé "Frère Martin" :

Citation :
 « On ne réforme l’Église qu’en souffrant pour elle, on ne réforme l’Église visible qu’en souffrant pour l’Église invisible. On ne réforme les vices de l’Église qu’en prodiguant l’exemple de ses vertus les plus héroïques. Il est possible que saint François d’Assise n’ait pas été moins révolté que Luther par la débauche et la simonie des prélats.

   Il est même certain qu’il en a plus cruellement souffert, car sa nature était bien différente de celle du moine de Weimar. Mais il n’a pas défié l’iniquité… il s’est jeté dans la pauvreté… Au lieu d’essayer d’arracher à l’Église les biens mal acquis, il l’a comblée de trésors invisibles, et sous la douce main de ce mendiant le tas d’or et de luxure s’est mis à fleurir comme une haie d’avril… L’Église n’a pas besoin de critiques, mais d’artistes… L’Église n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints. »



Il s’agit de faire confiance à l’Église, et donc au Pape François, et ne pas porter le feu de la discorde en son sein. L’excellent blogueur Gabriel Privat résume bien cette attitude intérieure :

"« Obéir jusqu’à se taire ? Voilà qui est résolument anti-moderne. Mais tant pis, c’est la meilleure manière de prouver au monde qui nous entoure que l’Église est notre mère. »"

En renonçant héroïquement à sa charge, il y a deux ans, Benoît XVI déclarait sa « soumission et (s)on respect inconditionnels » au nouveau Pape, quel qu’il fût. Les cathos sceptiques envers François, qui vénèrent le Pape émérite, oseraient-ils ne pas suivre son exemple ?

Certes, cette obéissance n’est pas un aveuglement, une papolâtrie stupide. Notre foi n’est pas une espérance dans le Pape, aussi bon soit-il, mais en Jésus-Christ. Cette obéissance n’est pas non plus une certitude à laquelle s’accrocher. Elle s’inscrit dans le pari, la prise de risque, que représente la confiance. Avoir confiance, c’est s’abandonner, lâcher prise. La confiance est permise par une confiance en soi. Aucun catho bien dans ses baskets ne devrait donc craindre pour l’avenir de l’Église.

La confiance n’est certes pas aisée. Elle est en contradiction avec notre époque, qui réclame des garanties immédiates. Qui est rythmée par les "likes", les textos, les retweets. Cette passion de l’instant est mortifère. L’instantané lisse tout, on perd la capacité de recul, on absolutise tout. Alors que l’œuvre de Dieu se déploie dans le temps. Laissons à François du temps.

« Confiance, car c’est Sa main qui conduit tout », disait la Petite Thérèse.

Source : http://www.lerougeetlenoir.org/les-controverses/eglise-l-esprit-saint-regrette-t-il-son-choix

Stan

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"Une pieuse réserve sur ce qui nous échappe vaut mieux qu'une âpre discussion sur ce dont on est incertain" (Adam de Perseigne)
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